C’est pour ne pas
« avoir l'air de twits devant la presse étrangère »
que Régis Labaume voulait, avant le 400e de la ville de
Québec, abattre la façade de l’église Saint-Vincent-de-Paul sur
la Côte d’Abraham. L’office du patrimoine national resta quant
à elle sourde aux apitoiements du maire et de ses amis
entrepreneurs, obligeant l’incorporation de la façade à un futur
bâtiment. Et aujourd’hui, force est de constater que
contrairement aux prévisions cataclysmiques énoncées par le maire,
la façade n’a pas affecté les profits des restaurateurs et des
hôteliers durant le 400e.
Mais voilà plus
préoccupant encore que cette fameuse façade est de savoir ce qui se
construira derrière! Aucun débat public n’a été engagé par la
ville pour permettre à la population de s’exprimer sur le sujet.
L’administration Labaume, fidèle à ses habitudes, fait tout son
possible pour empêcher le débat, de sorte qu’avec l’appui des
médias, on tente depuis le début de nous faire croire que la
construction d’un nouvel hôtel est la seule avenue possible.
Le comité populaire du
quartier Saint-Jean-Baptiste a organisé quant à lui un forum
populaire pour discuter de l’avenir du site. Pour le géographe
Marc Boutin qui était présent à ce forum : « Il est
inconcevable que l’administration Labaume donne un passe-droit au
promoteur sans attendre la suite des consultations publiques amorcées
le printemps dernier alors qu’elle s’était engagée à le faire
au moment de lancer ce processus ». D’ailleurs, on peut noter que
le projet d’hôtel comptait très peu de supporters parmi les
citoyens qui se sont déplacés à ce forum. Aussi, même d’un
point de vue capitaliste, est-ce vraiment une bonne affaire de
construire un nouvel hôtel alors que ceux existant, vivent déjà
plusieurs temps morts durant l’année?
Alors que certains rêvent
de construire leur hôtel comme les enfants rêvent de constructions
en blocs lego, les problèmes liés à
la gentrification s’accentuent de plus en plus dans la ville de
Québec. Accélérée par les hausses de
loyer, la multiplication cancéreuse des condos et la
spéculation immobilière, l’émigration des ménages à faibles
revenus vers la périphérie s’accélère. Dans certains quartiers
périphériques, comme Saint-Pie X par exemple, il y a concentration
de ménages à faibles revenus puisque, étant
très mal desservis en transport en commun et en autres services, les
loyers y coûtent beaucoup moins cher qu’au centre ville. La
création de logements sociaux pourrait être un rempart contre ce
phénomène de ghettoïsation. Or, les mesures
prisent actuellement par la ville de Québec ainsi que par le
gouvernement provincial sont loin d'être suffisantes dans ce
domaine. Étienne Grandmont du Comité des Citoyens et Citoyennes du
Quartier St-Sauveur a d'ailleurs déjà fait remarquer aux médias à
cet effet « qu'il y a 7000 locataires qui consacrent plus de
80% de leurs revenus pour se loger à Québec et que quelques 1600
ménages sont en attente d’une place dans un HLM ». Pour ce
qui est du gouvernement fédéral, il a cessé de subventionner la
création de logements sociaux depuis maintenant 10 ans. Il faut donc
remédier à la situation et le site de l’ancienne église
Saint-Vincent-de-Paul semblerait tout indiqué pour relancer la
construction de logements sociaux si ce n'était pas de
l'indifférence de nos politiciens à l'égard de ce problème.
Labaume sert les intérêts
des hôteliers, des spéculateurs et des restaurateurs. C’était
bien sûr le cas avec les précédentes administrations, mais,
aujourd’hui, c’est sans concession que l’industrie touristique
nous soumet à son diktat.
Pas d’hôtel! Pas de condos! On veut
des logements sociaux!